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Les souvenirs de la Libération de M. Louis Zajac

Président des ACPG-CATM-TOE-OPEX de Marly, M. Louis Zajac livre lui aussi ses souvenirs de la Libération...

Libération de Denain : Louis Zajac avait 11 ans mais se « souvient de tout »

Incroyables souvenirs que ceux de cet enfant de Denain, aujourd’hui président de la section de Marly des anciens combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc, responsable du musée sur les guerres dans cette même ville. À 80 ans, Louis Zajac raconte.

Quel âge aviez-vous à la libération ?
« Onze ans. Avec mes parents et mes trois frères et sœurs, – j’étais le deuxième – on habitait normalement le quartier Orléans, une cité des mines. Mais à cause des bombardements, on était arrivé rue Émile-Zola. »

Comment apprenez-vous que l’heure de la libération a sonné ?
« Tout le monde en parlait. Certains avaient la radio et on la mettait sans se cacher pour écouter les infos. On suivait comme ça l’avancée des troupes. On a vu les Allemands se sauver par la rue Zola. Il y avait un jeune allemand, il devait avoir 13-14 ans. Son casque était trop grand. Il s’est mis dans une encoignure de porte et il restait là, caché. Mon frère aîné l’observait. Quand quelqu’un passait, il levait les bras pour montrer qu’il se rendait. Finalement il a été emmené par un résistant. »

Quelle est l’image marquante de cette libération ?
« Il y en a deux. D’abord, on croyait que les Américains arrivaient. Alors, on se précipite à la Croix Sainte-Marie. Devant nous, il y avait une vieille dame, qui boitait et ne sentait pas très bon. On l’appelait Marie-canard. On voit un peu plus loin ce qu’on croit être des résistants avec des revolvers courir vers les Américains. C’est elle qui nous a stoppés en criant : « Arrêtez, n’allez pas plus loin, c’est des Allemands ! » On était à 400 mètres de la Croix. Et c’était vrai, ces Allemands tiraient sur tout ce qui bougeait. Elle nous a sauvé la vie cet après-midi-là.
Puis le soir, on savait que là, les Américains approchaient vraiment. On était tous à la Croix Sainte-Marie. J’ai eu une envie urgente. Il y avait un champ de maïs juste à côté en direction de Douchy. J’y vais, j’entre dans les maïs et je vois quelque chose d’enroulé dans une couverture. Je l’ouvre. C’était un cadavre, déjà rempli d’asticots ! L’homme était nu avec son portefeuille sur la tête. J’ai couru donner l’alerte. Je suis tombé sur un gars avec un brassard FFI (1). Lui a regardé dans le portefeuille. Il y avait deux documents, l’un en anglais, l’autre en allemand. Je tente d’aller enfin me soulager. Et là je tombe sur son uniforme, son fusil, ses bottes… C’était un Allemand. »

1. Forces françaises de l’intérieur.

Des faits marquants, encore...
Ça y est, les Américains s’installent. Ils occupent la salle des fêtes d’Usinor dont les Allemands se sont enfuis. La famille Zajac a retrouvé la cité Orléans (voir ci-dessus), pas très loin. « Il y avait pas mal d’Américains d’origine polonaise. Ils étaient contents de trouver des interlocuteurs chez nous où beaucoup de mineurs étaient – comme mon père et ma mère – polonais. Certains d’entre eux ont embauché ma mère pour qu’elle lave leur linge. Elle repassait très bien aussi, alors ils étaient fiers d’être bien mis. En échange, ces soldats américains nous amenaient des conserves, venues de leur pays. On crevait de faim, je ne vous dis pas… On a même eu des oranges. »
La guerre en chantant
L’évocation de cette salle d’Usinor rappelle à Louis Zajac un autre souvenir qui le fait sourire : « Quand les Allemands occupaient la salle, nous, on allait au patronage, juste en face, à l’église du Sacré-Cœur. L’abbé O-Dutto, un Martiniquais, y jouait au foot avec nous… Il était formidable. Très souvent, il nous faisait mettre en rangs et on devait chanter la Marseillaise tous en chœur ! J’ai revu l’abbé bien plus tard, il était devenu le curé de Marly. »

Propos recueillis par M.T-N.

La Voix du Nord du 03/09/2014

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